Économie de CO₂ par reconditionnement de serveurs chez Heberghub

Étude complète sur l'impact environnemental du reconditionnement informatique

1. Contexte : des cycles de renouvellement plus courts que prévu

1.1 Pratiques de remplacement dans les entreprises

Les études sectorielles confirment que 78% des entreprises françaises renouvellent leurs serveurs tous les 3 à 4 ans, principie constructeur et de support technique. Cette durée est bien inférieure à la capacité technique réelle des équipements, qui peuvent fonctionner efficacement pendant 10 à 15 ans avec une maintenance appropriée. En moyenne, une entreprise conserve son serveur sur une durée de 4 à 6 ans, mais les experts informatiques recommandent de ne pas utiliser un serveur d'entreprise pendant plus de 5 ans en raison des risques accrus de pannes.

La durée d'amortissement comptable des serveurs informatiques, fixée entre 3 à 5 ans par la réglementation française, incite également les entreprises à renouveler leurs équipements plus fréquemment que nécessaire d'un point de vue technique. Traditionnellement, le cycle de remplacement du serveur se déroule tous les deux à trois ans, mais maintenant, on sait que certaines entreprises attendent jusqu'à six ans avant de devoir être remplacées.

1.2 Impact carbone de la fabrication vs usage

L'empreinte carbone de la phase de fabrication d'un serveur représente 600 kg à 1 200 kg CO₂ selon l'ADEME et les fabricants, soit 50% à 80% de l'impact total sur son cycle de vie dans un contexte français de mix électrique bas carbone. 78% de l'impact environnemental du numérique sur les émissions de gaz à effet de serre est lié à l'étape de fabrication, confirmant l'importance cruciale d'allonger la durée d'usage des équipements.

2. Méthodologie

2.1 Hypothèses

2.2 Scénarios comparés

3. Résultats quantifiés

Comparaison des émissions CO₂
Scénario Fabrication Usage Total Gain
3 ans 6 000 2 340 8 340 -55,2%
5 ans 3 600 2 340 5 940 -37,0%
Reconditionné 1 400 2 340 3 740 Réf.

Le reconditionnement évite 55% des émissions CO₂ vs remplacement triennal et 37% vs quinquennal. Pour 15 serveurs : 69 tonnes CO₂ économisées sur 15 ans.

Objectif 1 00 serveurs/an : 4 60 tonnes CO₂/an économisées.

4. Facteurs d'amplification du gain environnemental

Réduction massive des déchets électroniques

1 00 serveurs = 2.8 tonnes de DEEE évitées/an.

Sécurité d'approvisionnement renforcée

Stock local = moins de pénuries, délais réduits.

Accessibilité économique

Serveur reconditionné : 50-70% moins cher, maintenance -30%.

5. Limitations et axes d'optimisation

Optimisation énergétique complémentaire

Récupération de chaleur, virtualisation avancée, taux d'utilisation optimisé.

Certification environnementale

Référentiel PCR-Boavizta pour certifier l'empreinte carbone réelle.

6. Feuille de route opérationnelle

Phase Horizon Objectif Gain CO₂ estimé
Pilote 2025 T4 15 serveurs R720 opérationnels 33-69 t CO₂ sur 15 ans
Structuration 2026 T2 Filière collecte locale 100 serveurs/an
Certification 2027 T1 Label "Bas-carbone" Reconnaissance institutionnelle
Industrialisation 2028-2030 800 serveurs/an 2 000-4 600 t CO₂/an

Conclusion

Cette étude démontre que l'économie de CO₂ par reconditionnement de serveurs est significativement supérieure aux estimations lorsque l'on considère les pratiques réelles de remplacement dans les entreprises françaises. Avec des cycles de renouvellement de 3 à 5 ans, l'économie carbone est de 37-55% par serveur.

L'impact du projet Heberghub dépasse donc le cadre pédagogique initial : en récupérant des serveurs "prématurément" mis au rebut, l'association peut réaliser des économies carbone massives tout en démocratisant l'accès à l'infrastructure informatique. L'objectif de 100 serveurs reconditionnés par an représenterait une économie annuelle de 220 à 460 tonnes de CO₂, positionnant Heberghub comme un acteur de l'économie circulaire numérique en France.

Cette approche illustre parfaitement l'un des leviers les plus efficaces de la transition numérique bas-carbone : prolonger la durée de vie des équipements existants plutôt que d'optimiser la fabrication de nouveaux équipements, conformément aux recommandations de la Stratégie nationale bas-carbone et de l'étude ADEME-Arcep sur l'empreinte environnementale du numérique.

Sources